12 août 2014

Le grand pin

Là où passe mon cheval, l'herbe ne repousse pas, 
disait le camarade Attila.

Paul Signac - Le Grand Pin, Saint-Tropez 1892-93

Les artistes en général et les peintres en particuliers, impressionnistes et consorts, ambassadeurs de la gent moutonnière, ont cela de consternant que dès qu'ils ont pointé leur nez quelque par quelque part, on peut se dire que les lieux qu'ils ont aimés sont définitivement carbonisés pour les siècles et les siècles : Barbizon, Pont Aven, Auvers sur Oise, Montmartre..., encore ces endroits-là, je m'en fous mais c'est surtout Collioure, Saint Tropez par exemple qui me font peine. 

Qui aurait l'idée de nos jours de se dire, tiens, je vais aller faire un tour à Saint Tropez, une shampouineuse (j'ai beaucoup de respect pour les shampouineuses qui pour quelques euros, me massent délicatement le frontal, l'occipital, les temporaux, les pariétaux et suprême délice, les fontanelles) en mal d'amour argenté ? un joueur de pétanque peu au fait de l'actualité mondaine?, un politique pré-balkanysé (ça ne se passe même plus à St Trop' maintenant mais à Saint-Martin, Antilles) à la recherche de fondamentaux,  un pervers gérontophile  tentant d'apercevoir B.B. nue dans sa villa de la Matraque, un chanteur ayant perdu sa voi(e)x, un footballeur venu promener sa Maserati en première sur le front de mer ? à la recherche d'une shampouineuse (membre d'une corporation , je l'ai déjà dit, qui a toute mon affection) ?

Les explorateurs, (bonjour mon ami, permettez-moi de vous découvrir...) les missionnaires, (il n'y a pas à tortiller, c'est Jésus et rien d'autre...) les militaires, (affirmatif, je vous reçois 5 sur 5 - ...?  - affirmatif), les ethnologues, (donc, dites-moi un peu comment vous vous y prenez pour assaisonner maman...) les scientifiques, (nous sommes ici pour la science, vous devriez le comprendre), les industrieux, (toi y en avoir beau petit champ, moi achète, te donner 2 billets de 5 et jouli téléphone portable cadeau), les touristes (- où peut-on trouver des petits garçons pas trop cher ? - ...! - ah, ça tombe bien! vous prenez la carte bleue ?)  les humanitaires, (voici un sac de riz de l'oncle Benne !) chers envoyés de notre belle civilisation ne sont pas en reste pour cramer tout ce qui passe dans leurs petites pattes...

08 août 2014

Marché commun


Paysan et sa vache - Jean Ribière


... © André Kertész


Edouard Boubat - Marché à Cahors


Le marché - Jean Dieuzaide - Portugal, Evora, 1954


Sergio Larrain -Valparaíso - Chili - 1963


Fernandel et Marguerite - La vache et le prisonnier
Henri Verneuil -1959

02 août 2014

La jubilation des perspectives

Le roman de l'été



Samantha et Jonathan ont acheté à crédit, sur 24 mois, un écran téléviseur LCD, à rétroéclairage à LED, de 46 pouces. A l'image de leur enthousiasmant amour tout neuf, la première mensualité sera payée rubis sur l'ongle. Mais des retards vont vite survenir, puis des demandes de délais supplémentaires et encore des rejets de prélèvement par la banque...; alors, tandis que lettres de relance commencent à s'entasser dans la boite à lettres, nous assistons en parallèle à la lente dégradation de leur amour.

L'écran, dans les 16 m2 qu'ils occupent, ne prend-il pas trop de place ? L'amour sera-t-il le plus fort ? durera-t-il autant que le remboursement ?; oui pour la première question, non pour les deux dernières car sans vouloir dévoiler la fin de l'intrigue, la saisie du téléviseur par un organisme de recouvrement et simultanément, la séparation  de Samantha et Jonathan constitueront le point d'orgue de cet opus des temps modernes.

L'on pourrait reprocher à l'auteure - qui a pris récemment sa retraite de la grande distribution - un style néo ou post commercial (l'on notera un sur-emploi des petites lignes par exemple) - mais sur le fond nous sommes là aux  portes du théâtre classique, unité de temps, de lieu et d'action... Sigisbée Magnanime, par une écriture  parfaitement maîtrisée, nous fait oublier qu'après les vacances, vient très rapidement le temps du travail. Elle nous immerge - sans espoir de pouvoir venir respirer à la surface - dans l’atmosphère intime et étouffante du huis clos du petit studio, simplement troublée par le facteur apportant les recommandés.

Dernier avertissement sans frais : A lire de toute urgence. 
Manuel Darti pour Télémara

[ Une autre auteure pour l'été, de talent mais un peu oubliée :
Riquette Hamamélis ]

30 juillet 2014

Equins d'outre-Rhin

Der Esel kommt mir vor wie ein Pferd, ins Holländische übersetzt.

Croqué par Lee Wright Stanley

L'âne me fait l'effet d'un cheval traduit en hollandais.

27 juillet 2014

« Coco, coco, coco frais !»

J’avais entendu raconter la mort de mon oncle Ollivier.
Je savais qu’au moment où il allait expirer doucement, tranquillement, dans l’ombre de sa grande chambre dont on avait fermé les volets à cause d’un terrible soleil de juillet ; au milieu du silence étouffant de cette brûlante après-midi d’été, on entendit dans la rue une petite sonnette argentine. Puis, une voix claire traversa l’alourdissante chaleur : «  Coco frais, rafraîchissez-vous — mesdames, — coco, coco, qui veut du coco ? »

Eugène Atget - Marchand de coco 1898
(un faux air de Maupassant)
Mon oncle fit un mouvement, quelque chose comme l’effleurement d’un sourire remua sa lèvre, une gaieté dernière brilla dans son œil qui, bientôt après, s’éteignit pour toujours. J’assistais à l’ouverture du testament. Mon cousin Jacques héritait naturellement des biens de son père ; au mien, comme souvenir, étaient légués quelques meubles. La dernière clause me concernait. La voici : « À mon neveu Pierre, je laisse un manuscrit de quelques feuillets qu’on trouvera dans le tiroir gauche de mon secrétaire ; plus cinq cents francs pour acheter son fusil de chasse, et cent francs qu’il voudra bien remettre de ma part au premier marchand de coco qu’il rencontrera !… »
Ce fut une stupéfaction générale. Le manuscrit qui me fut remis m’expliqua ce legs surprenant.
Je le copie textuellement :
« L’homme a toujours vécu sous le joug des superstitions. On croyait autrefois qu’une étoile s’allumait en même temps que naissait un enfant ; qu’elle suivait les vicissitudes de sa vie, marquant les bonheurs par son éclat, les misères par son obscurcissement. On croit à l’influence des comètes, des années bissextiles, des vendredis, du nombre treize. On s’imagine que certaines gens jettent des sorts, le mauvais œil. On dit : “ Sa rencontre m’a toujours porté malheur. ” Tout cela est vrai. J’y crois. — Je m’explique : je ne crois pas à l’influence occulte des choses ou des êtres ; mais je crois au hasard bien ordonné. Il est certain que le hasard a fait s’accomplir des événements importants pendant que des comètes visitaient notre ciel ; qu’il en a placé dans les années bissextiles ; que certains malheurs remarqués sont tombés le vendredi, ou bien ont coïncidé avec le nombre treize ; que la vue de certaines personnes a concordé avec le retour de certains faits, etc. De là naissent les superstitions.
Elles se forment d’une observation incomplète, superficielle, qui voit la cause dans la coïncidence et ne cherche pas au delà.
« Or, mon étoile à moi, ma comète, mon vendredi, mon nombre treize, mon jeteur de sorts, c’est bien certainement un marchand de coco.
« Le jour de ma naissance, m’a-t-on dit, il y en eut un qui cria toute la journée sous nos fenêtres.
« À huit ans, comme j’allais me promener avec ma bonne aux Champs-Élysées, et que nous traversions la grande avenue, un de ces industriels agita soudain sa sonnette derrière mon dos. Ma bonne regardait au loin un régiment qui passait ; je me retournai pour voir le marchand de coco. Une voiture à deux chevaux, luisante et rapide comme un éclair, arrivait sur nous. Le cocher cria. Ma bonne n’entendit pas ; moi non plus. Je me sentis renversé, roulé, meurtri… et je me trouvai, je ne sais comment, dans les bras du marchand de coco qui, pour me réconforter, me mit la bouche sous un de ses robinets, l’ouvrit et m’aspergea… ce qui me remit tout à fait.
« Ma bonne avait le nez cassé. Et si elle continua à regarder les régiments, les régiments ne la regardèrent plus.

Marchand de coco
Syllabaire - Mme du Parquet
« À seize ans, je venais d’acheter mon premier fusil, et, la veille de l’ouverture de la chasse, je me dirigeais vers le bureau de la diligence, en donnant le bras à ma vieille mère qui allait fort lentement à cause de ses rhumatismes. Tout à coup, derrière nous, j’entendis crier : « Coco, coco, coco frais ! » La voix se rapprocha, nous suivit, nous poursuivit ! Il me semblait qu’elle s’adressait à moi, que c’était une personnalité, une insulte. Je crus qu’on me regardait en riant : et l’homme criait toujours : « Coco frais ! » comme s’il se fût moqué de mon fusil brillant, de ma carnassière neuve, de mon costume de chasse tout «frais » en velours marron.
« Dans la voiture je l’entendais encore.
« Le lendemain, je n’abattis aucun gibier ; mais je tuai un chien courant que je pris pour un lièvre ; une jeune poule que je crus être une perdrix. Un petit oiseau se posa sur une haie ; je tirai, il s’envola ; mais un beuglement terrible me cloua sur place. Il dura jusqu’à la nuit… Hélas ! mon père dut payer la vache d’un pauvre fermier.
« À vingt-cinq ans, je vis, un matin, un vieux marchand de coco, très ridé, très courbé, qui marchait à peine, appuyé sur son bâton et comme écrasé par sa fontaine. Il me parut être une sorte de divinité, comme le patriarche, l’ancêtre, le grand chef de tous les marchands de coco du monde. Je bus un verre de coco et je le payai vingt sous. Une voix profonde, qui semblait plutôt sortir de la boîte en fer-blanc que de l’homme qui la portait, gémit : “ Cela vous portera bonheur, mon cher monsieur. ”
« Ce jour-là je fis la connaissance de ma femme qui me rendit toujours heureux.
« Enfin voici comment un marchand de coco m’empêcha d’être préfet.
« Une révolution venait d’avoir lieu. Je fus pris du besoin de devenir un homme public. J’étais riche, estimé, je connaissais un ministre ; je demandai une audience en indiquant le but de ma visite. Elle me fut accordée de la façon la plus aimable.

Marchand de coco - Pauquet - 1840
« Au jour dit (c’était en été, il faisait une chaleur terrible), je mis un pantalon clair, des gants clairs, des bottines de drap clair aux bouts de cuir verni. Les rues étaient brûlantes. On enfonçait dans les trottoirs qui fondaient ; et de gros tonneaux d’arrosage faisaient un cloaque des chaussées. De place en place des balayeurs faisaient un tas de cette boue chaude et pour ainsi dire factice, et la poussaient dans les égouts. Je ne pensais qu’à mon audience, et j’allais vite, quand je rencontrai un de ces flots vaseux ; je pris mon élan, une… deux… Un cri aigu, terrible, me perça les oreilles : “ Coco,coco, coco, qui veut du coco ? ” Je fis un mouvement involontaire des gens surpris ; je glissai… Ce fut une chose lamentable, atroce… j’étais assis dans cette fange… mon pantalon était devenu foncé, ma chemise blanche tachetée de boue ; mon chapeau nageait à côté de moi. La voix furieuse, enrouée à force de crier, hurlait toujours : “ Coco, coco ! ” Et devant moi vingt personnes, que secouait un rire formidable, faisaient d’horribles grimaces en me regardant.
« Je rentrai chez moi en courant. Je me changeai. L’heure de l’audience était passée. »
Le manuscrit se terminait ainsi :
« Fais-toi l’ami d’un marchand de coco, mon petit Pierre. Quant à moi, je m’en irai content de ce monde, si j’en entends crier un au moment de mourir. »
Le lendemain je rencontrai aux Champs-Élysées un vieux, très vieux porteur de fontaine qui paraissait fort misérable. Je lui donnai les cent francs de mon oncle. Il tressaillit stupéfait, puis me dit :
« Grand merci, mon petit homme, cela vous portera bonheur. »

Guy de Maupassant - Coco, coco, coco frais ! - 1878.

Le coco est une boisson rafraîchissante préparée par macération de bâtons de réglisse dans de l'eau citronnée, qui était jadis vendue par des marchands ambulants dans les rues de Paris. W.

24 juillet 2014

Vin deus peluts

Vin corsé landais

Réclame du Tampographe Sardon

Comment initier les enfants au vin ? En commençant par un petit 11°.

Dans les Landes - Muletiers dans la forêt

Tous ensemble, tous ensemble...
De là vient certainement l'expression : il a chargé la mule


Artiste basque jouant de la zahato. (détail)

Coup de béret aux  Ets Menjucq (64) et aux Ets Lapique (40) (Buvez Coup-franc !)  
qui ont bercé ma jeunesse de leurs 9 °5 (c'était le bon temps).

Fêtes de Bayonne du 23 au 27 juillet 2014.
[Depuis 2011, les fêtes ont été avancées en juillet pour éviter l'afflux des vilains aoûtiens.]

21 juillet 2014

17 juillet 2014

Just a gigolo

I'm just a gigolo and everywhere I go,
People know the part I'm playin'.
Pay for every dance, sellin' each romance,
Ooohh what they're sayin'?


Lucas Cranach-Le Couple mal assorti-The Ill-Matched Couple-1517
Museum of Fine Arts - Budapest-Hungary
[Prends ça et ne dis rien à personne...]
♀ Couguar
♂ Gigolo
I'm so sad and lonely,oh lonely, oh lonely, lonely, lonely
Won't some sweet mama come and rescue me?


Quentin Metsys, L'amour inégal ou le Couple mal assorti, vers 1522-1523. 
National Gallery of Art, Washington DC.
Bella Dona et son  Julot Casse-croûte 
Vieux crade
Coco
Money is money

12 juillet 2014

Décroissance


Une barre !


Deux barres !!


Trois barres !!!


Quatre barres !!!!
Mais jusqu'où iront-ils ! Assez, ça suffit !
Indignons-nous !

[Une chocolatine martyrisée, défigurée, qui n'a plus du pain au chocolat  que le nom, la surcharge en barres chocolatées ayant fait s'écrouler tout le gonflant initial. ]


Le jour où je prends le pouvoir, je fixe aux boulangers-pâtissiers, enfin je veux dire, aux techniciens en auto-clave et gonfleurs patentés de pâtes levées ou feuilletées industrielles, un moratoire de trois ans durant lequel une réflexion sera menée sur les abus liés aux pains aux chocolats (oïl et oc-est) ou chocolatines (oc-ouest, Québec et New Brunswick ) et où le croissant sera seul autorisé.

Walking revolution

09 juillet 2014

Ah, porque tudo é tão triste

Ah, porque estou tão sozinho
Ah, porque tudo é tão triste

Júlio César in La guerre des goals

Ah, pourquoi suis-je si seul
Ah, pourquoi tout est si triste



Garota de Ipanema, The Girl from Ipanema
 Astrud Gilberto, João Gilberto, Stan Getz
Musique : Tom Jobim,  Paroles : Vinícius de Moraes

... that when she passes
each one she passes
goes "Ahhh!"


A Seleção:
 Stan Getz, Milton Banana, Tom Jobim, Creed Taylor, 
João Gilberto et Astrud Gilberto

Avantage ! indique l'arbitre
Rio de Janeiro vu du Corcovado : um Belo Horizonte

Brésil-Allemagne : 1/7

06 juillet 2014

Tartes taquines

Bernard-Henri Strauss entarté
Entarté majeur : 8 fois

Bill Porte-Fenêtre entarté - 1998
Belle fenêtre de tir.

Alain Robbé entarté
Les landais ont aussi leur entarté.

François Gruyère enfariné
Inouï ! il continue à lire sa partition.

Réalisation : Georges Le Gloupier (Noël Godin) ou ses émules.
Du goudron et des plumes
Tarring and feathering or the patriots revenge
by James Gillray -1 795

Mon caractère moutonnier, dissimulé,  vindicatif et sournois me ferait appeler de mes vœux  des solutions plus drastiques tels le goudron et la plume. Mais les atteintes physiques tournent vite à la torture, jets de tomates ou d’œufs pourris, tonte, huile de ricin...
Restons en là... une aimable chantilly, sucrée si possible ou quelques jets de farine inoffensifs...