14 février 2019

Brassons de l'air


En fait, contrairement à ce que l’on pense, les ventilateurs ne refroidissent pas l’air, ils le mettent seulement en mouvement ! Pis, ce faisant, ils augmentent les frottements des molécules d’air et l’échauffent.

“Certes, cette agitation des molécules n’a pas de conséquence thermique perceptible à température ambiante, mais dans une petite chambre froide de 1 mètre cube à –30 °C, un ventilateur peut élever la température de 1 °C ”, explique Jocelyn Bonjour, directrice du Centre d’énergétique et de thermique de Lyon (CETHIL).

Reste que s’il ne rafraîchit pas l’air, le ventilateur peut tout de même nous apporter une agréable sensation de fraîcheur quand la température ambiante d’une pièce est élevée. Pour le comprendre, il faut savoir que lorsque nous transpirons, les pores de notre peau évacuent la chaleur corporelle vers l’air environnant via l’évaporation de la sueur.

Il produit des mouvements de convection de l'air, qui rafraîchissent la peau.
Or, l’air chaud monte vers le plafond de la pièce. Ainsi, les molécules d’air chauffé et humidifié par contact avec notre corps transpirant suivent un mouvement de convection et s’élèvent vers le plafond. L’action des pales d’un ventilateur va alors entraîner l’air chaud au loin et accentuer le phénomène de convection.

Résultat, un courant d’air sec chasse en permanence l’air humide qui nous entoure, permettant à la sueur de s’évaporer plus vite… ce qui augmente la sensation de fraîcheur. 

K.J. Chez Science et Vie

[ C'est beau la science ! ]

31 janvier 2019

Faites vos jeux !

La roue tourne

As de Révolution. Roue.  Jacqueline Lamba

Lamiel. Sirène de Révolution. Roue. Jacques Hérold

Sade. Génie de Révolution. Roue. Jacques Hérold

Pancho Villa. Mage de Révolution. Roue. Max Ernst

    Le jeu de Marseille est un jeu de cartes inspiré du Tarot de Marseille créé en mars 1941 par les surréalistes réfugiés à la villa Air-Bel à Marseille. 
    Au cours d'une des fréquentes réunions Au Brûleur de loups, un café sur le Vieux Port, quelqu'un lança l'idée de créer un jeu de carte sur le modèle du Tarot de Marseille.

Autres couleurs : Rêve: ici, Connaissance : .

"Sans l'invention de la roue, les coureurs du Tour de France seraient condamnés à porter leur bicyclette sur le dos."  
Pierre Dac

19 janvier 2019

Quintonine

Le nouveau roman de Michel Houellebecq

Florent-Claude-Michel et A D

     Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la vie d'un écrivain adulé n'est pas toujours rose :
sortir en catastrophe sous la pluie acheter quelques rames de papier 80 grammes à la papeterie Antalis, (écrire, toujours écrire), partir en urgence au Franprix du boulevard Saint-Marcel, avant la fermeture, pour se procurer deux trois bouteilles de rhum Negrita, le seul breuvage à même de soulager en quelques minutes les tensions internes, sonner la nuit à la pharmacie de garde et tenter d'obtenir de roboratifs médocs à posologie explosive, descendre se les geler pour en griller une lors de soirées mondaines, tout en subissant les interminables monologues de copines vieillissantes...  bref, Florent-Claude Labrouste (on distingue sans peine en filigrane, l'auteur lui-même) est au bout du rouleau.
     Dans un dernier sursaut d'énergie, il décide  d'une retraite qu'il voudrait expiatoire, au couvent de la Rose-Croix, près de Châteauroux. Là,  un frère convers, le voyant dans la détresse  et le prenant en compassion, lui révèle un secret, trop lourd à porter pour lui car il a commis le péché de curiosité : il a trouvé dans la bibliothèque du couvent un parchemin illuminé du début du xx° siècle, de 1910 exactement, donnant la recette d'un fabuleux élixir de longue vie établie par un apothicaire castelroussin versé dans l'alchimie : la Quintonine et il a réussi, à ses heures creuses, entre laudes et vêpres, à reconstituer la magique potion . Il va en faire bénéficier Michel-Florent-Claude.


    Florent-Michel-Claude suit le traitement sans conviction mais il s'y plie car il flatte son péché mignon : il faut et il suffit, comme dans la mathématique, que l'on verse une fiole de la décoction : quinquina, orange amère, kola, cannelle, quassia, gentiane..., associés à du glycérophosphate de chaux, dans un bon litre de vin rouge et que l'on prenne un verre à madère de la liqueur ainsi obtenue avant chaque repas, en guise d'apéritif.

Michel-Florent-Claude et Lysis             © P Matsas/Opale

    Au diable, idées noires, laisser-aller, découragement, perte de mémoire ..., la cure fait merveille, Florent-Claude-Michel retrouve toutes ses sensations. Requinqué, Il se produit à nouveau dans le monde, rencontre la douce Lysis, qui fort opportunément, écrit une thèse sur son oeuvre, et n'a aucun mal, sur sa bonne mine, à la prendre dans ses rets.
     Il la demande en mariage.
    Coup de peigne chez Franck Provost, redingote queue de pie, lavallière, gilet croisé, petit melon qui va bien, retrouvant son âme d'enfant, le voici au jour des épousailles qui s'extasie d'un brin d'herbe tandis que sa moitié à qui visiblement il a fait partager  sa découverte éclate d'un bon rire.
    Mais nous sommes déjà parvenus aux trois-quarts de l'ouvrage et ce n'est pas déflorer le roman (travers constant des critiques littéraires) que de révéler qu'ils vécurent très heureux et qu'ils eurent beaucoup d'enfants.

Quintonine, un roman fortifiant !

07 janvier 2019

Carlina Carline

    Le nom générique Carlina est une probable variante de cardina, dérivé de cardo (= chardon), le mot s'étant croisé avec Carlo (= Charles) sans doute sous l'influence d'une légende relatée par Tabernaemontanus et voulant qu'un ange ait montré à Charlemagne (ou Charles Quint) la Carline acaule (sans tige)  en la lui présentant comme un remède contre la peste bubonique qui décimait son armée, nous dit Wiki. Cette dernière interprétation serait celle qui a servi de base à Linné pour nommer le genre, complète Wiki espagnol.

Carline - Carlina - Codex Bellunensis

   [Des années que je l'ai en fond d'écran. Je ne m'en lasse pas, elle est trop belle. Je passerai donc 2019 et plus, puisque affinités, en sa compagnie... et puis je n'ai pas fini de la décrypter : oculus bonis? le bon œil ? peut-être du latinus cuisinæ transalpinus, Guenola ?, un prénom féminin toujours usité, Buchalmos ? je ne vois pas, sans compter le texte que je n'ai pas entrepris... ]

    Le Codex bellunensis est un herbier illustré composé entre Feltre et Belluno, dans les Dolomites, nord de Venise,  au début du XVe siècle, conservé aujourd'hui à la British Library de Londres. (faudra faire penser aux angloys qu'ils nous rendent le codex avant de brexiter, voici les références ; "Codex Bellunensis. Erbario bellunese del XV secolo. Londra, British Library, Add. 41623. Facsimile e commentario").

23 décembre 2018

Java, trou du cul du chat

  Mystères de la mémoire

  Lorsque mon cerveau se montrait malléable et réceptif, j'aurais pu retenir d'emblée un poème de Verlaine, l'Art poétique par exemple :  De la musique avant toute chose / et pour cela préfère l'imper / plus souple et plus résistant à l'air... ou bien le fameux discours de Martin Luther King : J'ai fait un cauchemar, je me suis réveillé trempé de sueur... ou encore, la plus facile des comptines : Do ré mi la perdrix / Mi fa sol, elle s'endort... mais non, ce qui est resté à jamais gravé dans mes neurones, et que je peux restituer sans trou de mémoire, ce sont les quatre premières lignes de la java trou du cul du chat...


C'est la java,
Trou du cul du chat,
La bite à Papa,
Les couilles à Julot-oh!
Viens ma gonzesse,
Prête-moi tes fesses,
   Pour jouer du yoyo-oh!          
Chat - Albert Dubout
Non, tu n'les verra plus,
Les poils de mon cul,
J'en ai fais des brosses.
A cent sous le kilo,
Ca fait du boulot
Pour nourrir les gosses.


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Je crois bien que c'est sur l'air de :

                                                     C'est la java
                                                     La vielle mazurka
                                                     Du vieux Sébasto
                                                     J'suis ta néness'
                                                     J'suis ta gonzess'
                                                     Tu es mon julot

chantée entre autres par Mistinguett, Paroles  Albert Willemetz, Musique  Maurice Yvain

[ Dubout l'avait bien remarqué, le chat est l'une des rares espèces animales à faire de  son trou du cul un ornement. ]

07 décembre 2018

Tata Nano

   Small is beautiful

  Non ce n'est pas le diminutif d'une tatie  prénommée Anne ou Annie ( Annie ? Cordy ? Tata Yoyo  ?) ou Annette, ou bien que l'on surnommerait de l'affectueux Nano parce qu'elle est de petite taille, mais bien celui de la voiture révolutionnaire créée en 2008 par l'indien Tata Motors.
    Un volant, quatre roues, un châssis rudimentaire, un moteur 0.6 deux-cylindres de 33 à 38 chevaux et... roulez petit bolide pour le prix exceptionnel (non, ma petite dame,  je ne vous en demanderai pas  1 million, ni 500000, pas même 400000, encore moins 300000, même pas 200000, allez,  puisque c'est vous et que vous me semblez sympathique, tenez,  je divise par deux et ce sera mon dernier prix, 100000, 100000 roupies. Passons commande, il n'y en aura pas pour tout le monde ! Non monsieur c'est 100000 ou rien, vous voulez la mort du petit cheval ou quoi ? mais  j'y pense, oui, topez-là ,  je vous l'offre et je vous donne ma femme par dessus le marché ! )  de 100000 roupies soit 1500€.

 Un rêve de 4L Renault en encore plus simple

Tata Nano

On la surnomme alors « la voiture du peuple » ou « la voiture la moins chère du monde ».


    Mais voilà que ces cons de pauvres font de la résistance, c'est que justement, ils ne veulent pas faire peuple et donner dans le moins cher. (— Je t'emmène faire un tour à la plage ? —  Cool, carrément  — Nooon, t'as une Nano !!!  — Ah oui, elle est trop bien — Excuse moi, j'avais complètement oublié, j'ai un rendez-vous chez le dentiste. Bises.  A+.)  Résultat : en 2018,  3 Nano ont été vendues, et Tata a décidé de cesser la production.
   Non , ce qui leur faut aux pauvres et aux classes moyennes, qui veulent devenir supérieures et admirées et con-voitées , c'est du  du rutilant, du scintillant, du vrombissant, du frimant, du qui en impose – de la bagnole quoi, de la vraie.

    A ceux-là, car il faut toujours soutenir les aspirations légitimes du peuple, je  proposerais la dernière version de la Bête (The Beast) : 9 tonnes, blindage de 20 cm d'épaisseur, résistante aux attaques chimiques,  7 places sur la banquette arrière (la parfaite cathomobile), accès à Internet et connexions satellites, équipement médical,  moteur Diesel de 6.6 litres, 34 litres aux 100 kilomètres. Et comme dans le remake bon marché d'un James Bond, des pneus qui peuvent continuer de rouler malgré une crevaison, la possibilité de larguer des gaz lacrymogènes ou  de déverser des  liquides peu amicaux pour dérouter les véhicules de derrière. ( quand je pourrai me la payer, je crois que je ferai un usage immodéré de cette  dernière fonctionnalité car j'ai horreur que l'on me colle au cul)


The Beast - Version précédente

Ah oui, le prix : 1,5 million de dollars. Il semblerait que D. Trumpet (Je ne l'ai pas mis en photo pour ne pas dégueulasser l'endroit)  en ait commandé 12 à Cadillac. Souhaitons  que le constructeur, s'inspirant des marchands d’huîtres, lui en aura offert treize à la douzaine.

02 décembre 2018

L'orpiment

‒ De quoi s'agit-il, au juste ?
– Sire, du péril jaune !
   "Malgré sa toxicité, l'orpiment a été utilisé depuis l'Antiquité par les Grecs, les Romains et les Égyptiens comme pigment (peinture, cosmétique tels les fards funéraires, écriture). Les Sumériens aussi bien que les Romains l'utilisaient dans des pâtes dépilatoires, usage qui a perduré jusqu'à l'ère moderne en Occident et est actuel encore en Inde. 

    L'orpiment ou jaune royal, jaune de Perse, orpin de Perse, jaune d'arsenic, or des fous..., a été complètement abandonné à cause de ses multiples inconvénients : il est toxique, instable et change la couleur des autres pigments par interaction chimique."

  Mais que vient faire l'orpiment là-dedans ? Pas grand chose, si ce n'est donner l'occasion de faire sonner ce mot à l'étrange beauté alchimique.

27 novembre 2018

Gâteau au chocolat

Une recette à suivre à la lettre :

Mélanie Griffon

Préchauffez le four à 180° th 6 (thermostat 6). Beurrez légèrement un moule à manqué. Cassez les œufs en séparant les blancs des jaunes. Versez le sucre dans un saladier ...
(J'arrête, je me tords le cou.)

19 novembre 2018

Là-bas 1891

Un tableau vous a particulièrement impressionné. En une quinzaine de lignes, vous nous ferez part de votre ressenti.

Matthias Grünewald-Mathaeus Grünewald
Crucifixion du retable de Tauberbischofsheim,
Kunsthalle, Karlsruhe.
... le Christ se dressait, formidable, sur sa croix, dont le tronc était traversé, en guise de bras, par une branche d'arbre mal écorcée qui se courbait, ainsi qu'un arc sous le poids du corps.

   Cette branche semblait prête à se redresser et à lancer par pitié, loin de ce terroir d'outrages et de crimes, cette pauvre chair que maintenaient, vers le sol, les énormes clous qui trouaient les pieds.

   Démanchés, presque arrachés des épaules, les bras du Christ paraissaient garrottés dans toute leur longueur par les courroies enroulées des muscles.

  L'aisselle éclamée craquait ; les mains grandes ouvertes brandissaient des doigts hagards qui bénissaient quand même, dans un geste confus de prières et de reproches ; les pectoraux tremblaient, beurrés par les sueurs ; le torse était rayé de cercles de douves par la cage divulguée des côtes ; les chairs gonflaient, salpêtrées et bleuies, persillées de morsures de puces, mouchetées comme de coups d'aiguilles par les pointes des verges qui, brisées sous la peau, la dardaient encore, çà et là, d'échardes.

   L'heure des sanies était venue ; la plaie fluviale du flanc ruisselait plus épaisse, inondait la hanche d'un sang pareil au jus foncé des mûres ; des sérosités rosâtres, des petits laits, des eaux semblables à des vins de Moselle gris, suintaient de la poitrine, trempaient le ventre au-dessous duquel ondulait le panneau bouillonné d'un linge ; puis, les genoux rapprochés de force heurtaient leurs rotules, et les jambes tordues s'évidaient jusqu'aux pieds qui, ramenés l'un sur l'autre, s'allongeaient, poussaient en pleine putréfaction, verdissaient dans des flots de sang. Ces pieds spongieux et caillés étaient horribles ; la chair bourgeonnait, remontait sur la tête du clou et leurs doigts crispés contredisaient le geste implorant des mains, maudissaient, griffaient presque, avec la corne bleue de leurs ongles, l'ocre du sol, chargé de fer, pareil aux terres empourprées de la Thuringe.

   Au-dessus de ce cadavre en éruption, la tête apparaissait, tumultueuse et énorme ; cerclée d'une couronne désordonnée d'épines, elle pendait, exténuée, entr'ouvrait à peine un oeil hâve où frissonnait encore un regard de douleur et d'effroi ; la face était montueuse, le front démantelé, les joues taries ; tous les traits renversés pleuraient, tandis que la bouche descellée riait avec sa mâchoire contractée par des secousses tétaniques, atroces.

   Le supplice avait été épouvantable, l'agonie avait terrifié l'allégresse des bourreaux en fuite.

   Maintenant, dans le ciel d'un bleu de nuit, la croix paraissait se tasser, très basse, presque au ras du sol, veillée par deux figures qui se tenaient de chaque côté du Christ : —l'une, la Vierge, coiffée d'un capuce d'un rose de sang séreux, tombant en des ondes pressées sur une robe d'azur las à longs plis, la Vierge rigide et pâle, bouffie de larmes qui, les yeux fixes, sanglote, en s'enfonçant les ongles dans les doigts des mains ; —l'autre, saint Jean, une sorte de vagabond, de rustre basané de la Souabe, à la haute stature, à la barbe frisottée en de petits copeaux, vêtu d'étoffes à larges pans, comme taillées dans de l'écorce d'arbre, d'une robe écarlate, d'un manteau jaune chamoisé, dont la doublure, retroussée près des manches, tournait au vert fiévreux des citrons pas mûrs. Epuisé de pleurs, mais plus résistant que Marie brisée et rejetée quand même debout, il joint les mains en un élan, s'exhausse vers ce cadavre qu'il contemple de ses yeux rouges et fumeux et il suffoque et crie, en silence, dans le tumulte de sa gorge sourde.

   Ah ! Devant ce Calvaire barbouillé de sang et brouillé de larmes, l'on était loin de ces débonnaires Golgotha que, depuis la Renaissance, l'Eglise adopte ! Ce Christ au tétanos n'était pas le Christ des riches, l'Adonis de Galilée, le bellâtre bien portant, le joli garçon aux mèches rousses, à la barbe divisée, aux traits chevalins et fades, que depuis quatre cents ans les fidèles adorent. Celui-là, c'était le Christ de saint Justin, de saint Basile, de saint Cyrille, de Tertullien, le Christ des premiers siècles de l'Eglise, le Christ vulgaire, laid, parce qu'il assuma toute la somme des péchés et qu'il revêtit, par humilité, les formes les plus abjectes.

   C'était le Christ des pauvres, Celui qui s'était assimilé aux plus misérables de ceux qu'il venait racheter, aux disgraciés et aux mendiants, à tous ceux sur la laideur ou l'indigence desquels s'acharne la lâcheté de l'homme ; et c'était aussi le plus humain des Christ, un Christ à la chair triste et faible, abandonné par le Père qui n'était intervenu que lorsque aucune douleur nouvelle n'était possible, le Christ assisté seulement de sa Mère qu'il avait dû, ainsi que tous ceux que l'on torture, appeler dans des cris d'enfant, de sa Mère, impuissante alors et inutile.

   Par une dernière humilité sans doute, il avait supporté que la Passion ne dépassât point l'envergure permise aux sens ; et, obéissant à d'incompréhensibles ordres, il avait accepté que sa Divinité fût comme interrompue depuis les soufflets et les coups de verges, les insultes et les crachats, depuis toutes ces maraudes de la souffrance, jusqu'aux effroyables douleurs d'une agonie sans fin. Il avait ainsi pu mieux souffrir, râler, crever ainsi qu'un bandit, ainsi qu'un chien, salement, bassement, en allant dans cette déchéance jusqu'au bout, jusqu'à l'ignominie de la pourriture, jusqu'à la dernière avanie du pus !

   Certes, jamais le naturalisme ne s'était encore évadé dans des sujets pareils ; jamais peintre n'avait brassé de la sorte le charnier divin et si brutalement trempé son pinceau dans les plaques des humeurs et dans les godets sanguinolents des trous. C'était excessif et c'était terrible.

   Grünewald était le plus forcené des réalistes ; mais à regarder de ce Rédempteur de vadrouille, ce Dieu de morgue, cela changeait. De cette tête ulcérée filtraient des lueurs ; une expression surhumaine illuminait l'effervescence des chairs, l'éclampsie des traits.

   Cette charogne éployée était celle d'un Dieu, et, sans auréole, sans nimbe, dans le simple accoutrement de cette couronne ébouriffée, semée de grains rouges par des points de sang, Jésus apparaissait, dans sa céleste Superessence, entre la Vierge, foudroyée, ivre de pleurs, et le Saint Jean dont les yeux calcinés ne parvenaient plus à fondre des larmes.

   Ces visages d'abord si vulgaires resplendissaient, transfigurés par des excès d'âmes inouïes. Il n'y avait plus de brigand, plus de pauvresse, plus de rustre, mais des êtres supraterrestres auprès d'un Dieu.

   Grünewald était le plus forcené des idéalistes.

   Jamais peintre n'avait si magnifiquement exalté l'altitude et si résolument bondi de la cime de l'âme dans l'orbe éperdu d'un ciel. Il était allé aux deux extrêmes et il avait, d'une triomphale ordure, extrait les menthes les plus fines des dilections, les essences les plus acérées des pleurs. Dans cette toile, se révélait le chef-d'oeuvre de l'art acculé, sommé de rendre l'invisible et le tangible, de manifester l'immondice éplorée du corps, de sublimer la détresse infinie de l'âme.

   Non, cela n'avait d'équivalent dans aucune langue.

   En littérature, certaines pages d'Anne Emmerich sur la Passion se rapprochaient, mais atténuées, de cet idéal de réalisme surnaturel et de vie véridique et exsurgée. Peut-être aussi certaines effusions de Ruysbroeck s'élançant en des jets géminés de flammes blanches et noires, rappelaient-elles, pour certains détails, la divine abjection de Grünewald et encore non, cela restait unique, car c'était tout à la fois hors de portée et à ras de terre.

   Mais alors...,

Joris-Karl Huysmans
Classe de 3e

Un bon travail. Cependant, vous n'avez pas respecté la consigne, il vous était demandé un condensé en une quinzaine de lignes. 4/10