23 février 2011

Paolo Boï et le Diable

134. - Une partie d'échecs miraculeuse.- Le problèmiste connu , M. Victor Barthe, a enchâssé deux problèmes jumeaux dans un conte du moyen-âge que voici :

Paolo Boï, le plus grand joueur du XVIe siècle, poète, soldat et marin, la personnalité la plus curieuse et attachante, d'une vie mouvementée, est caractérisée par de La Bourdonnais comme "une des existences complètes qui appartiennent aux heureuses et puissantes organisations". Célibataire aux moeurs irréprochables, habillé avec élégance, comme un jeune homme, avec une belle figure aux cheveux entièrement blancs, d'une taille élevée, bien prise et bien proportionnée, capricieux et fantasque, magnifique et libéral, éloquent et affable, cet homme par sa douceur et son énigmatique caractère, doué de capacités diverses, nous rappelle son plus grand compatriote, et presque contemporain, Leonardo da Vinci. La légende prétend que, dans sa vie errante, il a joué une fois aux échecs avec le diable.

A
Problème de V. BARTHE

Les Blancs jouent et font mat en 2 coups.

Devant la porte de l'église de Santa Maria de C..., de la petite ville de C..., en Calabre, un beau matin de l'année 1570, Paolo Boï qui était religieux et observait tous les rites, rencontra une fois une jeune fille d'une beauté éblouissante, très brune et forte. Ses yeux pénétrants et énigmatiques brillaient d'une flamme fiévreuse. La conversation qui se noua tout de suite entre eux ne tarda pas à se transformer en amitié et Paolo Boï, à son grand étonnement, apprit que la jeune fille jouait aux échecs. Son étonnement fut encore plus grand, quand dans une partie engagée, il vit que sa partenaire était d'une force peu banale, faisant des coups extraordinaires. La lutte devenait de plus en plus acharnée, et, au bout de quelque temps, le Syracusain, se croyant déjà vainqueur, voulut déclarer mat en deux coups à son antagoniste (voir diag. A).
Mais, à ce moment, à sa grande stupéfaction, il vit la dame blanche de sa partie transformée en dame noire et la belle brune lui dit en riant :
- Non, Paolo, tu ne gagneras pas, car, maintenant, j'ai une dame, et toi, tu n'en as pas.
- O, Santa Maria ! murmura Paolo effrayé.
Et en prononçant ces paroles, il remarqua que, malgré cette transformation, il pouvait encore gagner la partie en deux coups (voir diag. B).
La jeune fille le comprit, fronça ses sourcils, sortit de la pièce sans dire un mot et disparut. Paolo Boï vit bien qu'il avait joué avec le diable...

B
Problème de V. BARTHE

Les Blancs jouent et font mat en 2 coups.

Solution des problèmes jumeaux !
A - 1.Cxe6. Quatre variantes.
B - 1.Cb5. Cinq variantes.

Diagrammes via  Apronus.com

Article tiré du très attachant Bréviaire des Échecs - éditions Stock, Paris, 1937.  ( livre au ton si particulier, toujours réédité, avec lequel j'ai appris à jouer, comme beaucoup d'autres ) de Xavier Tartakover, 1887 - Rostov-sur-le-Don, Russie, 1956 - Paris

« Ne jouez donc aux Échecs que pour vous distraire ; c'est le plus beau des jeux, mais c'est un jeu. Ses lauriers sont trompeurs, son ambition est maladive. X T »

[Également joueur de casino, Xavier Tartakover, de l'humour mais irascible, est mort seul, dans la dèche]

2 commentaires:

  1. J'ai transmis à mon mari qui va se pencher sur ces problèmes.
    Moi, pousser du bois, ça casse les pieds.

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  2. Qu'il se dépêche car j'ai la flemme d'étudier moi-même les variantes.
    Il me faut les analyses pour hier.

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